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Lettre à mon ami malade
 

Saint-Avold, le 23 décembre 2010

 

                Très cher ami malade,

 

         Je viens d’entrer dans le cercle, je parle de celui qui se forme autour de celui qui traverse  l’épreuve du sang, de la peine et de la douleur.

         Je n’ai pas envie de me lancer dans des banalités, j’ai trop vécu avec mon cœur, mon corps et mes  « trippes » cette longue traversée. Je me sens aujourd’hui un heureux rescapé. Et chaque minute compte. Chaque mot est pesé, surtout s’il est écrit.

         Te connaissant, il doit y avoir au fond de toi, quelque chose qui parle, avec cette malheureuse survenue. Peut-être es-tu en train d’essayer de déchiffrer, les maux de ton corps… J’ai moi-même cherché et trouvé autant de réponses que de questions qui se posaient à leur tour…              

         Là n’est pas la question.
         Le plus fort que l’on puisse poser devant l’incontournable et redoutable état des lieux, se trouve être le fond de notre âme qui doit rester avant tout dans la lumière.

         La lumière de la foi (en ce que l’on voudra, la vie, l’amour, l’amitié, l’humanité, Dieu, n’importe lequel…). Celle aussi de l’espoir, de l’envie mais aussi celle du lâcher prise et du courage.

Mais je ne vais pas te faire une leçon de vie. Non juste un partage, une pensée à mettre dans le cercle avec les murmures des uns et des autres, avec leurs témoignages d’affection, d’amitié…

J’ai connu la douleur de perdre une jeune amoureuse, je l’ai  accompagnée aussi loin que possible, puis j’ai moi-même connu la souffrance, la vraie, celle qui te tenaille la chair, te la découpe, te la malmène et te l’ampute… Et j’ai été à mon tour accompagné, et j’ai pu peser le poids du réconfort dans la balance du combat d’avec la bête.

C’est lourd, la vie des fois, mais l’amour peut tout. La foi peut tout.

 

La peur, et il y en a, je le sais car nous ne voulons céder à aucun prix le territoire de notre vie, ne serait-ce qu’une maigre parcelle, la peur ne doit pas nous assommer, elle ne doit pas nous éteindre, elle doit être au contraire, une compagne qui nous tient éveillé.

La peur est inutile et encombrante si elle prend toute la place, par contre si on la laisse s’asseoir à côté de nous, pas en dedans, on peut la regarder et s’en défier.

Elle ne ressemble pas plus à la mort que toutes les images d’Epinal. Juste un masque.

Rire d’elle, s’en accommoder, la regarder bien en face et elle se décompose devant le schéma de l’impermanence compris et accepté.

J’ai eu peur, mais je lui ai dit que cela n’était rien puisque je voulais vivre, encore.

J’ai eu mal et elle s’en est réjouie avec moi, car la douleur prend parfois des accents de détente et de défi contre les effets de la peur. A elle non plus, il ne faut pas lui laisser de marge, juste à côté de nous. Assise. Tranquille. La peur. Et je dis cela pour tous. Car dans le cercle, il ne faut pas qu’elle interfère. Chacun la sienne, tenue à la laisse.

Cela vaut mieux pour tous.

J’ai compris aussi dans cette épreuve qui m’a laissé plus fort et plus  grand, un peu seulement, j’ai compris une autre illusion. La peur a une sœur, en tout point identique. Elle prend les mêmes accents, les mêmes phrasés. Elle paralyse aussi et  aggrave les effets de la douleur. La peine. La peine immense que l’on porte, que l’on transporte dans le cercle… La peur et la peine sont sœur en effet, elles embrouillent les esprits, alourdissent l’air que l’on respire et ne peuvent rien apporter de bon si elles s’installent.

A la porte la peine.

Elle doit rester en dehors du cercle.

Je ne dis pas cela avec aisance.

Je me sens concerné.

Je l’ai vécu.

Je me souviens.

Mon père est de ceux qui sont capables de faire pleurer un régiment tant il est sensible et dans pareil cas, il sait faire preuve de sensiblerie ostensible et communicative.

En réalité il a compris devant mon « courage » et mon acharnement à vouloir dédramatiser que sa présence sans les larmes de la peine m’était plus précieuse que ses démonstrations d’amour non contenues.

Je ne suis pas dans votre esprit et encore moins dans votre corps, mais je sens et même de loin cette douleur physique et morale. Je l’imagine et de l’imagination j’en ai à revendre, alors je voudrais apporter dans votre cercle, toute mon amitié et mon soutien en mots contre les maux, en pensée contre les mauvaises pensées.

 

Bruno Altmayer.

 
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La promesse d’un engagement peut se faire à des moments bien différents dans la vie d’un être humain, véritable paradoxe vivant…

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Lorsque le parcours difficile d’un individu, jonché d’épreuves et de tourments, le conduit inexorablement à faire une pause, il est temps pour lui de se retourner afin de mesurer la nature du chemin parcouru. Car une chose importante en marchant il a appris :

« Rien ne peut se prévoir, rien encore il ne faut attendre. Seul compte chaque pas. »

   

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